Réseau des collectivités Territoriales pour une Économie Solidaire

Rencontre nationale des collectivités locales autour de l’ESS : une première réussie !

Vendredi 30 mars avait lieu la Rencontre nationale des collectivités locales autour de l’ESS, organisée par le RTES avec le soutien de nombreux réseaux de collectivités (Assemblée des Départements de France, Association des Régions de France, Association des Maires des Grandes Villes de France, Assemblée des Communautés de France notamment). Pour les personnes qui n’avaient pu assister à la journée faute de place, une retransmission de la journée était organisée en direct grâce à un partenariat avec Idéal Connaissances.

Seybah Dagoma, adjointe en charge de l’économie sociale et solidaire à la Mairie de Paris, et Christiane Bouchart, présidente du RTES, ont ouvert la journée en soulignant l’importance de cette journée, car « prouvant notre détermination à reconnaitre l’ESS comme modèle économique à part entière apportant des réponses aux besoins des territoires », et l’intérêt à travailler entre différents niveaux de collectivités sur cette question.


Pierre Calame, président de la Fondation Charles Léopold Mayer, a introduit les débats de la journée en partageant plusieurs réflexions extrêmement vivifiantes issues de ses 2 derniers ouvrages, « Sauvons la démocratie » et « Essai pour l’Oeconomie ». Les questions de territoire et d’ESS sont pour Pierre Calame au cœur des questions que nous aurons à traiter demain, mais il faut les sortir de leur double marginalité. Comment repenser la manière dont nous abordons le monde et gérons nos sociétés ? « Le plus difficile, c’est de voir ses lunettes, car nous voyons le monde à travers nos lunettes ». Pour sortir de la schizophrénie (avec d’un côté une économie qui ne trouve son équilibre que dans la croissance, et d’un autre côté des ressources naturelles limitées), il nous faut repenser les fondements de l’économie, et passer de l’économie à l’oeconomie, terme utilisé jusqu’au 18ème siècle pour désigner « l’art de tirer parti des ressources naturelles rares au profit du bien-être de tous » ou plus trivialement « l’art d’accommoder les restes ». Les territoires et les filières sont les acteurs pivots de cette oeconomie du 21ème siècle, succédant aux entreprises multinationales et aux Etats. L’ESS doit participer à la réflexion de la transformation nécessaire du système de production et de consommation, et elle peut aider le territoire à se penser comme acteur. L’un des atouts principaux du territoire est en effet le capital immatériel, et l’ESS est un des espaces où se forme ce capital immatériel.

Retrouvez ici la vidéo de l'ouverture de Seybah Dagoma et Christiane Bouchart et l'introduction de Pierre Calame.
Retrouvez également ci-joint le texte d'introduction de Pierre Calame.


La 1ère table ronde abordait la question « Quelle économie voulons-nous promouvoir ? ». Pour Pascal Canfin, député européen, « la finitude du monde nous oblige à penser l’innovation, technologique et sociale, et le partage (par la force ou la négociation) ». Il a souligné l’existence de 3 leviers à articuler pour permettre le changement social : l’intérêt individuel, les valeurs, et la contrainte. Si l’ESS au niveau européen était quasiment un non sujet, les récentes évolutions sont plutôt positives, avec par exemple la mise en place d’un Fonds Européen pour l’Entrepreneuriat Social et l’évolution de la règlementation des Marchés Publics.

Pour Patrick Kanner, président du Conseil général du Nord, « L’ESS doit nous permettre de réfléchir à comment bâtir une société plus juste dans un monde où le plus faible pense qu’il n’a pas de perspective ». Il a souligné que «l’ESS n’est pas une démarche philanthropique pour le Département. L’ESS, ce sont des emplois durables, non délocalisables, et ce sont des choses qui parlent ».

Retrouvez ici la vidéo de la première table ronde animée par Philippe Chesneau.


Les témoignages de la seconde table ronde ont permis de mettre en évidence les progrès en matière de reconnaissance, de lisibilité de l'ESS au sein des collectivités, voir d'institutionnalisation progressive. Pour Aline Archimbaud, sénatrice, fondatrice de réseaux d’économie solidaire et une des 1ères élues en charge de l’ESS, « Il est frappant de constater en 25 ans les progrès en matière de visibilité et de présence au sein des collectivités territoriales de l’économie sociale et solidaire ».

Henri Arevalo, vice-président du Sicoval et vice-président du RTES, a pointé les différents paliers franchis par l’ESS au sein des collectivités locales : 1ère période d’innovation, d’expérimentation, de marge ou de niche, phase d’assimilation de l’économie solidaire à l’insertion, notion de tiers-secteur, et approches actuelles, articulant l’ESS avec la question des territoires, et donc derrière la question de la transversalité de ces politiques, du développement durable, positionnant l’ESS comme une économie particulièrement en phase avec le DD, et aujourd’hui replaçant la question de la coopération au cœur de l’ESS.


Face à la nécessité majeure de ne pas cantonner l’ESS dans un rôle de vitrine ou de modèle alternatif à la marge, à coté du modèle dominant, - ce qui constitue l’enjeu majeur de la prochaine étape - des pistes intéressantes de travail comme « le tricotage maille par maille de la transversalité des politiques » (Michel Dinet, Président du Conseil général de Meurthe et Moselle), les Pôles Territoriaux de Coopération Economique qui permettent un dialogue et une reconnaissance mutuelle, les « réflexions à approfondir sur les coûts évités » (Philippe Hervieu, vice-président du Conseil régional de Bourgogne) ou encore la question de dialogue avec les chambres consulaires, avec des avis partagés sur les stratégies à tenir, ont été évoquées.

Retrouvez ici la vidéo de la seconde table ronde animée par Jean-Yves Le Turdu.


Les tables rondes de l’après midi sur l’habitat participatif et sur les circuits courts, à travers des témoignages de réalisations concrètes , menées à différents niveaux de territoire, ont permis d'illustrer le réalisme du discours et la pertinence d’initiatives alternatives pour amorcer une transition économique et sociale de l’économie. Et pour cela, les différents exemples présentés mettent tous en évidence le rôle clef de pouvoirs publics pour être leviers et accompagnateurs de la recherche de nouveaux modèles économiques.

Retrouvez ici la vidéo de la table ronde sur l'habitat coopératif et solidaire animée par Annie Berger. Retrouvez également ci-jointe la "charte d’orientation pour l’habitat participatif" réalisée par le réseau national des collectivités en matière d’habitat participatif [6]

Retrouvez ici la vidéo de la table ronde sur l'alimentation et les circuits courts animée par Patricia Andriot.



La journée s’est clôturée sur l’intervention des différents réseaux de collectivités. Corine Bord pour l’ARF a souligné que « dans la très grande majorité des régions, l’ESS fait partie prenante du développement économique. Elle doit être présente dans l’ensemble des schémas de développement, économique, innovation bien sûr, mais aussi tourisme, agriculture,… ». Pour Abderrahmane Djellal (représentant l’AMGVF), « l’Etat et les collectivités locales doivent être des initiateurs et des facilitateurs de ces initiatives d’ESS ». Jean-Marc Nicolle (AdCF) a souligné [7] « l’intérêt du niveau intercommunal et la nécessité de décloisonner et de mieux territorialiser les politiques de développement économique, de l’emploi et de la formation professionnelle ». Pour Michel Dinet (vice-président de l’ADF), qui a souligné l’évidente nécessité de ces rencontres inter-réseaux, “C’est parce que nous sommes en difficulté financière, que nous avons le devoir de réinventer des modèles, qui passeront par des espaces d'engagement et d'initiatives des citoyens ».

Tous ont appelé de leurs vœux une 3ème phase de décentralisation, pensée non comme une « décentralisation pénitence » mais une décentralisation « pensée avec le bas, avec des collectivités qui retrouvent confiance, car on leur donne de l’espace ».


Christiane Bouchart a proposé plusieurs pistes de travail pour donner suite à cette première :           
-une déclaration commune des réseaux de collectivités dans les prochains mois montrant en quoi et comment les politiques publiques peuvent intervenir.           
-un chantier concerté sur la déclinaison et la reconnaissance de l’intérêt général autour des SIG et des modes de contractualisations acteurs ESS - collectivités locales
-le principe d’une rencontre annuelle des collectivités locales autour de l'ESS, dont cette journée serait la 1ère édition.

Retrouvez ici la vidéo de la conclusion des différents réseaux de collectivités.


Retrouvez ici des photos de la journée.


Consultez en complément les tribunes suivantes:
-Les élus locaux ont du pouvoir de Jean-Marc Brulé et Corinne Bord conseillers régionaux en Ile-de-France et respectivement Président de l'Atelier et membre du conseil supérieur de l'ESS.
-La République doit résister de Claude Alphandéry, Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, Michel Dinet