Réseau des collectivités Territoriales pour une Économie Solidaire

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Le 5 octobre 2020

« Faire monter en puissance les acteurs de l'ESS au sein des filières de l'économie circulaire » Entretien avec Florentin Letissier

Florentin Letissier, nouveau vice-président du RTES, est maire-adjoint à la ville de Paris en charge de l’ESS, de l’économie circulaire et de la contribution à la stratégie zéro déchet. Il revient pour nous sur sa feuille de route pour le développement de l'ESS à Paris, et notamment sur la place des acteurs de l'ESS dans la structuration de filières de l'économie circulaire.

Le RTES débute le 16 octobre un cycle de débats autour de l'alimentation durable. Comment développer selon vous les alliances entre territoires urbains et ruraux pour une alimentation durable ? Comment renforcer la résilience alimentaire d’une ville comme Paris ?

Paris est une ville très dense. Nous savons qu'il n'y aucun sens à poser la question de l'autonomie alimentaire de Paris à l'échelle intra-muros ou même à l'échelle de la Métropole du Grand Paris qui est aussi un territoire très artificialisé. Il faut se projeter à une échelle plus vaste, notamment au niveau régional, l'Ile-de-France comptant de nombreuses terres agricoles.

Cette très forte dépendance interroge notre résilience, notre capacité de résistance face aux chocs, quand on sait qu'en cas de rupture d'approvisionnement par les camions de livraison, une ville comme Paris se retrouve en rupture de stocks alimentaires au bout de seulement 3 jours.

Les collectivités disposent de nombreux leviers pour renforcer la résilience alimentaire. Par exemple, notre régie municipale Eau de Paris a une politique d'acquisitions foncières et dispose de son propre régime d'aides agricoles visant à favoriser le développement de l’agriculture biologique sur ses aires de captage (voir à ce sujet la prochaine lettre papier du RTES). Les territoires urbains peuvent développer des partenariats avec les communes rurales, en contribuant au développement d'une agriculture locale durable ou en encourageant le développement des voies fluviales et ferroviaires dans les chaines d'approvisionnement.

La structuration de filières économiques comprenant des acteurs de l'ESS constitue l'une de vos priorités. Comment renforcer ces structurations de filières selon vous ? 

À Paris, nous avons priorisé la structuration de cinq filières de l'économie circulaire où nous voulons renforcer la place des acteurs de l'ESS :

  • une filière transversale autour de la logistique urbaine, par le développement du fret fluvial via la Seine ou de la logistique en vélos-cargos qui compte de nombreux acteurs de l'ESS,

  • et 4 autres filières : électronique & électroménager ; textile, mode, habillement ; BTP & ameublement ; restauration & consigne.

Nous souhaitons continuer à mailler le territoire parisien en ressourceries et ouvrir un « hub du réemploi », soit un grand espace de stockage et de tri en amont des ressourceries qui serait co-géré par les acteurs du réemploi à Paris.

Concernant la consigne, nous aimerions que ce soit des acteurs de l'ESS qui structurent cette filière, en travaillant avec eux à la mise en place de zones d'expérimentation de la consigne, avec des commerçants et magasins volontaires.

Autre exemple, sur la filière BTP, nous travaillons avec les bailleurs sociaux de la ville de Paris pour qu'ils contractualisent davantage avec les acteurs de l'ESS dans les chantiers d'isolation des bâtiments notamment. Nous souhaitons par ailleurs mettre en place une logistique de récupération des déchets de chantier en faisant appel à des acteurs de l'ESS. Il s'agirait d'entreposer et de faire le tri des déchets de chantier qui peuvent être réemployés ou recyclés, soit in situ, soit dans un endroit à proximité de la Seine pour pouvoir ensuite utiliser la voie fluviale pour l'évacuation des déchets non-réutilisables vers la déchetterie de Gennevilliers.

Nous pouvons « faire monter » en puissance les acteurs de l'ESS au sein de ces différentes filières grâce à plusieurs leviers. En mobilisant directement les moyens de la ville, à travers les subventions et la commande publique qui permet de leur donner des débouchés.

Mais aussi en créant du lien avec le secteur privé classique et les acteurs du financement. On peut notamment travailler à des « joint ventures » sociales, telles que le partenariat entre le groupe SEB, géant de l'électroménager, et le groupe ARES, grand acteur de l'insertion par l'activité économique. Cette joint venture, dont ARES détient 51 % du capital, permet de dégager des financements pour l'ouverture d'un lieu dédié à la réparation d'appareils électroménagers dans le XVIIIe arrondissement de Paris. C'est important de développer ces montages innovants avec le privé dans un contexte budgétaire contraint pour les collectivités, encore plus avec nos dépenses exceptionnelles liées à la crise du Covid.

Nous travaillons également avec Paris Initiative Entreprise, qui constitue une sorte de fonds d'investissement public rattaché à la Ville de Paris, à la création d'un fonds qui serait abondé par les entreprises privées classiques pour lever des sommes entre 30 000 et 100 000 euros. En dessous de 30 000 euros, le financement passe souvent par la subvention, et au-dessus de 100 000 euros, ce sont de grosses levées de fonds, mais on manque actuellement d'outils pour cette fourchette intermédiaire dans le financement des acteurs de l'ESS pour leur permettre de changer d'échelle.

Quelle est votre feuille de route pour le développement de l'ESS à Paris ?

Au-delà de nos actions pour faire monter en puissance les acteurs de l'ESS au sein des filières de l'économie circulaire, il y a un gros enjeu à Paris autour de l'accès au foncier des acteurs de l'ESS. On sait que les loyers restent très élevés à Paris et les acteurs de l'ESS ont des difficultés à trouver des locaux sur le marché.

Nous avons pour objectif d'ouvrir deux incubateurs ESS durant la mandature, au nord et au sud de Paris, qui seront des lieux réservés aux jeunes structures. De plus, plusieurs grandes galleries commerciales vont ouvrir durant la mandature notamment à la gare Montparnasse, à la gare du Nord ou dans le cadre d'opérations d'urbanisme dans le XVIIIe arrondissement par exemple. Nous voulons dans ce cadre travailler avec les promoteurs privés pour qu'une part des locaux d'activités prévus soit proposés à des niveaux de loyers accessibles, pour favoriser l'implantation d'acteurs de l'ESS.

Nous voulons également accroître significativement le soutien financier à la création d'emplois en insertion.

Il y a enfin la perspective des Jeux Olympiques 2024, pour lesquels de gros marchés sont prévus autour de l'accueil, de l'évènementiel et du tourisme et nous souhaitons aider les acteurs de l'ESS à se positionner sur ces marchés. Nous travaillons notamment avec la plateforme ESS 2024, hébergée à la Maison des Canaux, qui vise à faire le lien entre les acteurs de l'ESS et les organisateurs des JOP.

Vous avez été élu vice-président du RTES début septembre. Quelles sont vos attentes vis-à-vis du réseau ?

J'apprécie le travail de veille réalisé par le RTES, qui nous permet de rester en phase avec l'actualité. C'est aussi un réseau de partage d'expériences, et je souhaite d'ailleurs contribuer à pousser des réflexions communes, notamment sur cette question de la structuration de filières au niveau national et sur l'enjeu du « made in France » dans l'ESS.

Je souhaite partager au sein du RTES notre travail en cours autour de la structuration de filières, de manière pédagogique en cartographiant les acteurs, et voir si cela parle aux élu.e.s d'autres territoires. En créant du lien, en travaillant ensemble, cela pourrait générer des débouchés économiques pour les acteurs de l'ESS implantés dans d'autres territoires en France, par une sorte de planification de filières dans une logique collective entre territoires.