Réseau des collectivités Territoriales pour une Économie Solidaire

Copyright  : G. Berger
Le 10 janvier 2022

"FAIRE DE L'ESS UN PILIER DE L’ÉCONOMIE DE DEMAIN" - CHAYNESSE KHIROUNI, PRÉSIDENTE DU CONSEIL DÉPARTEMENTAL DE MEURTHE-ET-MOSELLE

Chaynesse Khirouni, présidente du département de Meurthe-et-Moselle depuis le 1er juillet 2021, est engagée depuis de nombreuses années dans le cadre de l’insertion professionnelle de personnes en difficulté, dans l’économie solidaire et dans la finance solidaire. A travers son engagement politique (élue locale depuis 2008 au Grand Nancy, députée de Meurthe-et-Moselle de 2012 à 2017, et aujourd'hui présidente du Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle), elle milite chaque jour pour une société plus juste, solidaire, inclusive, et lutte contre toutes les formes de discriminations et de racisme. Elle revient pour nous sur les principaux axes de développement de l’ESS sur son territoire.

- Quels sont les grands axes de votre action pour le développement de l’ESS au Département de Meurthe-et-Moselle ?

Le Département de Meurthe-et-Moselle engage depuis une dizaine d'années une politique de soutien à l'ESS en deux axes. D'un côté, il renforce le lien social et le développement territorial durable, une action ancrée dans l'ADN du Département car son approche a toujours été d'apporter et d'inscrire dans les politiques publiques une transformation de la politique tournée vers les valeurs de solidarité et d'humanité. De l'autre, la volonté du Département est de soutenir localement l’activité et l'emploi. On travaille en lien avec les acteurs locaux, qui nous font remonter les problématiques qu’ils rencontrent sur leur territoire, et nous réfléchissons ensemble à des solutions innovantes, inspirantes et solidaires, pour répondre au mieux à la problématique rencontrée, et inscrire notre action au plus près du terrain.

En Meurthe-et-Moselle, l’ESS représente plus de 27 000 emplois (11,45% de l’emploi du département) et 2 100 établissements. Il s’agit d’un secteur important, donc l’enjeu est de prendre la juste mesure de l’ESS pour mieux la structurer, la valoriser, assurer son développement et en faire un pilier de l’économie de demain.

Plus largement, notre engagement s'articule autour de 4 axes stratégiques :

  • Dans un premier temps, il s'agit de répondre autrement aux besoins sociaux et écologiques du territoire grâce à l'ESS, le but étant d’identifier les besoins locaux, permettre l’émergence de dynamiques collectives et d’offrir des espaces de dialogue territorial autour de l’économie solidaire.

Par exemple, la dynamique Start up de territoire rassemble les acteurs d’un même territoire pour faire émerger des solutions entrepreneuriales et créatrices d’emplois pour répondre aux défis sociaux et environnementaux. Depuis 2020, 300 personnes ont participé à ces ateliers et 19 projets ont émergé sur le département. Nous avons aussi lancé la Boîte à ID 54, un appel à manifestation d’intérêt pour soutenir l’émergence et l’expérimentation d’idées nouvelles répondant aux critères de l’innovation sociale, en croisant les compétences du Département.

  • Ensuite, il faut faire émerger et favoriser de nouveaux modèles de développement plus durables, plus responsables et viables économiquement. Ainsi, le Département œuvre à faciliter la création d’activités, la reprise et le développement d’activités partageant les valeurs de l’économie solidaire, et à pérenniser les activités et les emplois sur le territoire.

Pour cela, le Département organise régulièrement les Trophées de l’encouragement, visant à mettre en lumière des projets innovants pour créer une activité à fort impact social, sociétal, territorial et environnemental sur le territoire.

  • Il faut également démontrer, valoriser, expliquer et convaincre de la plus-value de l'ESS, une économie qui concilie le but non-lucratif et la prise en compte des impacts sociaux et environnementaux. Les objectifs sont de sensibiliser et diffuser les valeurs et les enjeux de l’économie solidaire auprès des acteurs des territoires, et de travailler sur leur prise en compte de manière transversale avec les services départementaux et nos partenaires.

C’est ce que le Département ambitionne en soutenant le projet TRESSONS, mais aussi avec l'organisation et la participation à des rencontres avec des associations, collèges et lycées, pour les sensibiliser aux actions de l'ESS.

  • Enfin, il faut travailler l'attractivité du territoire afin de faire rayonner cette approche et les savoir-faire du territoire et de la collectivité. Nous avons récemment nommé une vice-présidence sur cette thématique pour délimiter les contours du projet départemental. L'économie sociale et solidaire aura sa place et prendra toute sa part dans la future stratégie d'attractivité du département.

Copyright  : G. Berger

- Comment l’ESS s'inscrit-elle de manière transversale au sein des différentes politiques locales ?

Vous dites que l’ESS s'inscrit de manière transversale dans le politique. La territorialisation permet également cette transversalité. Par exemple, grâce au projet TRESSONS, nous avons identifié des besoins en matière d'insertion sur le territoire. Sur le côté développement local et tourisme solidaire, on participe à la démarche Bouge ton coq, un projet permettant la création d'épiceries solidaires dans les territoires ruraux. Pour le tourisme durable et l’alimentation, le Département est pleinement engagé et valorise le circuit court, l’alimentation bio et les producteurs locaux, notamment avec son partenariat avec Paysan bio lorrain (organisation logistique et transport de denrées alimentaires bio et locales vers la restauration hors domicile).

En tant que département transfrontalier, nous menons un projet multi partenarial INTERREG Grande Région AROMA qui a pour objectif de répondre à la problématique d'organisation des filières. Ce projet vise à faciliter l'approvisionnement pour la restauration hors domicile (établissements scolaires, maisons de retraite, hôpitaux…), fondé sur la proximité entre producteurs, transformateurs et acheteurs, sur la qualité des produits, le partage de la valeur ajoutée et l’accès au plus grand nombre. A terme, l’idée est d'arriver à la création d'une plate-forme d'approvisionnement sur le territoire, en lien avec l’Allemagne et le Luxembourg.

Le Département de Meurthe-et-Moselle a toujours soutenu le développement local, rural, humain, économique et social. Il pousse les acteurs à l'initiative, les appelle à se mobiliser. Cet engagement, on le retrouve aussi au cœur des services administratifs du département. Il y a une véritable quête de sens, une volonté de s'engager pour l'intérêt général et que l’ESS soit plus valorisée, visible. La nouvelle équipe aura pour objectif de rendre visible l’ESS et de continuer sur cette lancée, faire du projet départemental un projet d'administration pour engager une dynamique de mobilisation et de co-construction des politiques.

- Suite à la crise de Covid-19, quelles ont été les conséquences pour les acteurs de l’ESS sur votre territoire ?

Suite à la crise sanitaire et comme beaucoup de territoires, tous les acteurs du département ont été impactés. Ce que je souhaiterais souligner ici est la capacité d'adaptation des structures, des associations, des acteurs engagés. Ils ont maintenu la continuité de leur activité et de leur engagement. Pour les soutenir, nous avons maintenu l'ensemble des subventions, maintenu nos investissements, maintenu le financement des travaux de rénovation des bâtiments appartenant au Département, et maintenu les marchés qui étaient en cours. Le Département a choisi d'agir via l'investissement pour permettre aux structures de continuer de travailler, notamment à travers la création d'un fonds départemental de solidarité et de relance pour soutenir les acteurs de l'ESS qui avaient besoin de trésorerie, de maintenir leur emploi et d'investir. Pour vous donner quelques chiffres, ce sont 1 million d'euros qui ont été investis, plus de 125 structures accompagnées et soutenues et un total de 500 emplois préservés.

- En 2021, vous avez été élue au nouveau Conseil d'Administration du RTES, réseau qui fête ses 20 ans le 4 mai prochain. Quelles sont vos attentes vis-à-vis du réseau ?

Le RTES et ses adhérents ont une posture avant-gardiste qui démontre que l’ESS a un rôle à jouer, une capacité à transformer l'économie et la société en se fondant sur des valeurs de solidarité et face aux défis de demain. Le réseau a certaines attentes, certaines exigences qui nous poussent à innover, à réinventer un autre modèle plus vertueux, écologique, social, à changer notre grille de lecture et dépasser le champ des possibles. Ce réseau nous donne les clés pour démontrer l'utilité de l'ESS, une économie résiliente, innovante, capable d'intégrer les défis de demain sur nos territoires.

Le réseau aurait sans doute une opportunité à saisir en travaillant sur le champ de la société inclusive, car dans ce domaine, c’est toute une économie qui se développe, où l'innovation répond à des problématiques de logement, d'emploi et d'insertion. Cette thématique est intimement liée au vieillissement de la population, à la santé et à la prévention. De nombreux universitaires ont déjà étudié ce champ, travaux qu’il serait intéressant de valoriser et de rendre visible. Cela pourrait constituer un chantier au regard de la crise sanitaire actuelle, plaçant l'humain au cœur des dynamiques économiques et de l'innovation.