Réseau des collectivités Territoriales pour une Économie Solidaire

vrac
Le 21 août 2019

L'essaimage de VRAC : « Créer une association locale avec les acteurs du territoire plutôt que de venir y implanter une association extérieure » - Boris Tavernier

Boris Tavernier, fondateur de VRAC - Vers un Réseau d'Achat Commun, revient sur l'essaimage en cours et le modèle économique de cette initiative, mais aussi sur le rôle possible des collectivités locales. Il participera au séminaire « Politique de la ville & ESS » du 10 septembre 2019 à Paris.

Les associations VRAC – Vers un Réseau d'Achat Commun développent des groupements d’achats dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville de plusieurs métropoles françaises, permettant l'accès à une alimentation de qualité (bio ou local) à des prix raisonnables aux habitants de ces quartiers.

Pour des informations détaillées sur l'origine de VRAC et ses premières phases d'essaimage, retrouvez notre fiche « Déniché pour vous » dédiée ainsi que notre lettre papier dédiée à l'alimentation durable accessible en quartiers politique de la ville.

Qu'en est-il aujourd'hui de l'essaimage et de la structuration nationale de VRAC ?

VRAC est historiquement implanté dans la métropole lyonnaise depuis 2013. Deux autres associations VRAC ont vu le jour en 2017 sur l'agglomération strasbourgeoise et bordelaise.

VRAC Toulouse et VRAC Paris ont débuté leur premières distributions en juin 2019, et VRAC Lille et VRAC Nantes sont aujourd'hui en projet.

Lors de notre séminaire annuel rassemblant l'ensemble des salariés et administrateurs de chaque structure VRAC en juillet 2019, nous avons décidé d'axer notre animation nationale autour d'un fonds de dotation, un outil de structuration plus souple qu'une fédération nationale. Il vise à récolter des financements d'entreprises, de particuliers et de fondations pour ensuite les redistribuer au réseau VRAC. Au-delà de ce fonds de dotation, les différentes structures VRAC s'entraident, disposent d'outils mutualisés (en matière de fonctionnement, de communication et de gestion des commandes notamment) et échangent régulièrement des bonnes pratiques.

Quelles sont selon vous les conditions indispensables pour assurer l'essaimage des structures VRAC ?

Pour assurer la réussite de l'essaimage, il faut que la multitude d'acteurs impliqués localement se retrouvent dans le projet. À chaque fois, il s'agit de créer une association locale avec les acteurs du territoire plutôt que de venir y implanter une association extérieure.

Autre facteur de réussite, les projets d'essaimage doivent constituer des projets de métropole. Pour fonctionner, les groupements d'achats doivent être présents dans plusieurs quartiers politique de la ville à l'échelle d'une métropole. Une implantation dans un seul quartier ou à l'échelle d'une petite ville serait trop compliqué. Cette envergure métropolitaine et cette présence dans plusieurs communes permet aussi d'assurer le soutien à long terme du projet face aux alternances politiques locales.

Quels rôles peuvent jouer les collectivités locales dans le développement des structures VRAC ?

Aux côtés des bailleurs sociaux, qui sont toujours des acteurs prépondérants, les collectivités locales ont un rôle de financeur mais aussi de facilitateur pour assurer la mise en réseau avec les acteurs locaux (centres sociaux et associations).

Par exemple, à Paris la structure VRAC est financée pour moitié par le bailleur Paris Habitat et pour l'autre moitié par la Ville de Paris. À Nantes, la Ville et la Métropole sont très porteurs dans le projet d'essaimage en cours.

Cela suppose une forte volonté politique de lutte contre la précarité alimentaire et pour l'accès de tous à une alimentation de qualité, une priorité que l'on retrouve d'ailleurs dans de nombreux projets alimentaires territoriaux (PAT) qui se mettent actuellement en place dans les métropoles.

Sur quel modèle économique reposent les structures VRAC ?

VRAC fonctionne par levées de fonds auprès d'une multitude de financeurs : tout d'abord auprès des bailleurs sociaux et collectivités locales, mais aussi auprès des fondations privées (Fondations Carasso, Abbé Pierre, ou du Secours Catholique), et notre fonds de dotation permet de lancer des campagne de dons auprès des particuliers et de chercher des financements d'entreprises au titre de la RSE.

Notre système d'adhésion différenciée permet de faire des marges auprès des habitants hors quartiers politique de la ville, mais cela reste très insuffisant. À Lyon par exemple, cela représente seulement 16 000 euros sur un budget de 500 000 euros ! Nous assumons de ne pas être autonomes financièrement car nous assurons une mission d'intérêt général, l'accès à une alimentation de qualité pour tous a un coût et relève d'un choix politique.

Notre présence médiatique et notre reconnaissance institutionnelle (VRAC est notamment lauréat de la Fondation La France s'engage en 2017, du programme PIN'S en 2017-2018, de l'appel à projets du Programme National pour l'Alimentation en 2019) de plus en plus importantes nous permettent de renforcer notre crédibilité et d'élargir la base de nos financeurs.